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     D'une part, des initiatives scientifiques européennes sont menées dans un cadre intergouvernemental comme le CERN, l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Fondée en 1954, elle a été l’une des premières à l'échelle européenne et compte aujourd’hui vingt États membres.
     D'autre part, des dispositions spécifiques dans le Traité européen permettent de financer des activités de recherche dans les domaines du charbon et de l'acier (secteurs considérés comme importants du point de vue politique à la fin de la guerre) et du nucléaire (qui représente, dans les années 50, l'avenir énergétique du continent). L'action communautaire dans le domaine de la recherche s'est étendue à d'autres domaines, quand celle-ci est reconnue d'intérêt européen et, ce sur une base informelle (art. 235). De nombreux programmes ont ensuite été lancés dans les domaines jugés les plus importants (matériaux, énergies renouvelables, nouvelles technologies).
     Le premier tournant est intervenu dans les années 1980 avec la mise en place du 1er programme-cadre et l'élaboration d'un critère majeur, la coopération transfrontalière. Ainsi, ne pouvaient être financés au niveau européen que des projets associant laboratoires, entreprises, universités de plusieurs pays différents. Progressivement, la recherche s'est étendue à de nouveaux domaines, les moyens ont été accrus et les instruments se sont diversifiés. L'impact du programme-cadre sur la recherche en Europe a un effet directeur important, notamment en raison des phénomènes de labellisation qui facilitent l'octroi de financements nationaux.
     Dès l'origine, s'entremêlent deux représentations de la politique européenne de la recherche :
- l'action de financement propre de l'UE, selon un cadre, des moyens, des objectifs spécifiques
- la coordination des activités, des politiques et des programmes élaborés dans un cadre national, ce qui deviendra plus tard l'Espace européen de la recherche. Ces représentations se sont, dans un premier temps, distinguées avant de s'entremêler, comme l'illustre l'idée de Spinelli de création d'une agence européenne de financement de la recherche qui est transformée par Ralf Dahrendorf (commissaire européen à la recherche et à l'enseignement) en Fondation européenne de la science, un réseau d'agences nationales.
     Dès 1994, l'idée de la coordination des politiques nationales chemine sous la forme de l'Espace de la recherche, de l'innovation et de la formation et devient le thème central de l'Agenda de Lisbonne. L'expression "l'économie de la connaissance" est consacrée comme sujet de préoccupation politique majeure qui représente à la fois une méthode non contraignante, la méthode ouverte de coordination et un concept, relativement flou et utilisé dans des sens différents :
- l'économie des brevets, de la propriété intellectuelle, des royalties
- connaissance "tacite," incorporée dans les individus de manière informelle
- connaissance scientifique, définition qui prédomine aujourd'hui
     Avec la création du Conseil européen de la recherche, défini par la Commission comme priorité du 7ème programme-cadre pour la recherche (7ème PCRD), sont dorénavant financés des projets sur des thèmes libres pour des projets menés par des équipes individualisées. Dans sa phase de lancement, le Conseil européen de la recherche aura comme principale activité de soutenir les carrières de chercheurs indépendants excellents grâce à un budget d'environ 300 millions d'euros par an et donc de soutenir et de stimuler la recherche fondamentale révolutionnaire et novatrice. Ceci a des effets structuraux considérables, surtout dans les Etats membres où il existe des agences nationales. Ces dernières vont devoir se repositionner, se spécialiser par rapport au nouveau paysage de la recherche européenne.
     En France, 50% des crédits de recherche incitatifs (liés à des projets) émanaient de l'Europe jusqu'en 2007, année de la création en France de l'Agence Nationale de la recherche. Cette création semble d'ailleurs liée aux grandes lignes de la politique européenne de recherche. M. Villegier a insisté sur la part de l'international et de l'administratif dans la vie du chercheur d'aujourd'hui, occupé à monter et à gérer des projets, à remplir des papiers, à accueillir des chercheurs étrangers, à vérifier l'avancement des projets, le bon fonctionnement des machines conçues ou achetée pour ces projets, etc. Cette évolution du métier est en soi positive, puisqu'elle signifie que la recherche est très active, se développe et s'internationalise, en particulier sur le plan européen, et se soumet constamment à différentes évaluations. Une certaine vigilance s'impose quant au maintien d'une certaine recherche fondamentale et à une réflexion sur les enjeux de société et de santé. De la discussion qui s'engage après les deux interventions, il ressort que la politique européenne de recherche est un facteur de dynamisation important qui n'est par ailleurs nullement incompatible avec une telle vigilance. La variété des statuts et des revenus et certaines pesanteurs dans la gestion des recrutements et des carrières représentent encore de grands obstacles pour une mobilité européenne : seuls 2% des chercheurs et enseignants-chercheurs travaillent ailleurs que dans leur pays d'origine.
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