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Quelle est l’origine de la crise économique et financière actuelle ?
La crise financière vient des Etats-Unis. Elle est largement l’une des conséquences de la crise immobilière. Depuis les années 90, les Etats-Unis ont connu l’expansion de leur marché immobilier. Entre 1991 et 2006, plus de 15 millions ménages américains ont accédé à la propriété.
Les raisons de cette expansion reposent sur des taux d’intérêt très bas, des politiques publiques actives de soutien à l’accès à la propriété et des politiques agressives des banques et des établissements de crédit pour vendre des prêts. Ces derniers, ayant de besoin de ressources pour exercer leur activité, ont eu recours à la technique de la titrisation de créances permettant aux banques de lever des ressources et de se débarrasser des risques de crédit. Les titres, émis en contrepartie de créances hypothécaires, vont être souscrits par de grands investisseurs comme des compagnies d’assurance, des fonds de pension, etc. L’offre de prêt devient quasiment sans limite. Pour trouver des emprunteurs, les prêts aux ménages, dont la solvabilité était souvent douteuse, ont été multipliés. Ce sont donc des prêts « subprimes » (c’est-à-dire, en dessous de seuil de solvabilité) qui sont à l’origine de la crise actuelle. En 2006, les « subprimes » représentaient 10% de la dette hypothécaire. Cette situation ne comportait pas de risque particulier tant que les prix de l’immobilier montaient. A partir de 2006, le marché immobilier aux Etats-Unis a commencé à stagner ce qui a eu des répercussions sur tout le système. La valeur des titres émis en contrepartie des créances hypothécaires a chuté. De nombreux investisseurs ont connu d’énormes pertes. Les banques européennes se sont retrouvées en difficulté au travers de leurs filiales d’investissement qui avaient investi dans « subprimes »
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Pour compenser ces pertes, tous les gros investisseurs ont été amenés à liquider d’autres actifs financiers, en particulier, des actions.
Les mécanismes de transmission de cette crise sur l’économie réelle sont multiples. L’un d’entre eux est l’augmentation de chômage. L’an dernier, les Etats-Unis ont perdu deux millions d’emplois et un million d’emplois au cours du dernier trimestre. Le taux de chômage en Espagne (15%) a quasiment doublé en un an. En France, avec 160 000 demandeurs d’emplois supplémentaires depuis l’été dernier, la situation n’est pas aussi catastrophique. Le deuxième indicateur de transmission de la crise est la baisse de la production industrielle.
Comment la situation va évoluer ?
Les prévisions sont sombres avec une baisse du PIB de 2%, très rapidement, selon des prévisions de la Commission. En même si les prévisions sont sombres, elles restent extrêmement difficiles à définir.
La transmission de cette crise sur l’économie réelle revêt deux grands aspects. Le premier est le canal bancaire. Aujourd’hui, on est dans une situation où les banques ne prêtent plus. Elles accroissent même leurs taux d’intérêt. Les emprunteurs sont sélectionnés très rigoureusement. On arrive à l’ « assèchement » progressif du crédit.
Tout dépend aussi de l’attitude des entreprises et des ménages. Le secteur de la construction est celui qui a le plus souffert par un manque généralisé de confiance. La crise détruit la confiance et alimente sans cesse cette absence de confiance. L’horizon auquel les entreprises se projettent aujourd’hui, est beaucoup plus court qu’auparavant. La situation actuelle est donc telle que les taux d’intérêt augmentent, les anciens crédits ne peuvent pas être remboursés, les emprunteurs ne veulent plus emprunter non plus. La baisse de la consommation et de l’investissement pourrait finir par une plus grande aggravation de la crise.
Que doivent faire les Etats ?
La priorité absolue de l’action publique est le sauvetage des banques parce que celles-ci ont un rôle central dans l’activité économique : elles sont au cœur du système de financement, mais aussi de paiements dans l’économie. Le réseau des dettes interbancaires c’est le réseau de paiements dans l’économie. Il est donc logique que les Etats se préoccupent d’abord des banques.
Comment sauver les banques ? Les banques ont deux talons d’Achilles. Le premier tient à leur problème de solvabilité et deuxième à des problèmes de liquidité. Lors de l’éclosion de la crise, le marché interbancaire s’est totalement paralysé. Dans cette situation, les banques ont fermé le robinet des liquidités. C’est le système de banques centrales et notamment, de la Banque centrale européenne, qui a permis aux autres banques d’avoir accès aux liquidités et ont abaissée leurs taux directeurs. L’activité de la BCE s’est avérée relativement inefficace.
C’est donc de la dépense publique que le salut viendra. Les Etats se sont lancés dans le soutien de l’activité économique. Il s’agit des plans de recapitalisation des banques et de plans de garantie des dépôts interbancaires. L’ensemble de ces plans en Europe représente 1750 milliards d’euros. Il faut y rajouter des plans de relance de l’activité économique par l’endettement accru des Etats pour soutenir la consommation et l’investissement. Les actions diffèrent en fonction des Etats membres. Mais en général, au niveau de l’Union européenne, l’agrégation des plans de soutien représente 1,2% du PIB de la zone euro.
Quel impact cette crise a-t-elle eu sur l’Union européenne ? Peut-on parler d’une dimension européenne spécifique de cette crise ?
Jusqu’au printemps 2008, il était admis par les économistes que l’impact de la crise en Europe sera nettement moins fort qu’aux Etats-Unis. Cette hypothèse s’est avérée fausse. Les prévisions de la Commission sont aujourd’hui de plus en plus alarmantes. La dégradation de la situation est manifeste : en octobre 2008, la Commission prévoyait la croissance de 0,1% dans la zone euro. Trois mois après, on prévoit la pire récession depuis les années 1930 : moins de 2% de croissance pour la zone euro.
Il ne paraît pas tout à fait juste de parler d’une réaction européenne spécifique à la crise. Mais malgré tout, de manière informelle ou formelle, les pays européens ont fini par se parler et de se coordonner. Le plan de relance de la Commission européenne constitue un habillage pour les plans de relance nationaux. Les moyens d’intervention dont les pays européens disposent aujourd’hui, pour faire face à ce genre de situation, restent nationaux. Cependant, l’action de la BCE, même si elle reste insuffisante (l’injection de 800 milliards d’euros au cours du mois d’octobre 2008), est indispensable.
La construction européenne, est-elle en rempart avec la crise ?
Malgré toute la difficulté de faire face à la situation, la construction européenne a protégé les Européens par le biais du marché unique européen qui a préservé des tentations protectionnistes. L’euro a empêché les dévaluations compétitives. Par ailleurs, les instances européennes sont un lieu de concertation des politiques économiques nationales.
Est-ce que la crise met en danger la construction européenne ? Aujourd’hui, l’intervention communautaire est soit faible, soit invisible. Si la crise s’accroît, on peut craindre une baisse de légitimité de la construction économique de l’Europe…
Compte rendu réalisé pour l’UPEG par : Katsiaryna ZHUK
Le 27 janvier 2009
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