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Mercredi 04 Février 2009

Après l'Europe de la science, l'Europe de l'éducation à la science ?

Résumé :

     L’Europe de la science est dans un état très brillant aujourd’hui compte tenu de ses nombreux résultats. C’est une réussite en de nombreux points y compris dans ses retombées technologiques.

Quels sont les éléments de l’Europe de la science qui ont permis la réalisation de ses grandes réussites ? D’abord, ces entreprises de recherche ont bénéficié de la diversité des tempéraments des peuples d’Europe notamment : l’imagination française, la subtilité italienne, l’organisation germanique, l’empirisme britannique, la rigueur suédoise ou danoise… Les chercheurs et les entreprises ont, en Europe, su mettre tout cela ensemble. Ensuite, des entreprises ont rassemblé des ressources européennes pour aller plus loin que chacun de pays européens pris séparément. Enfin, des entreprises ont su faire le lien entre les capacités technologiques de l’industrie européenne et l’ambition scientifique. D’ailleurs, les petits pays européens ont pu s’intégrer à des progrès hors de leur portée, pris indépendamment.

Quelle est la modalité des réussites européennes ? Avant tout, c’est l’approche « bottom-up » : on part des initiatives des groupes scientifiques, il n’y a pas de structure européenne qui établit une liste de réalisations et des projets à suivre. Le besoin naît d’un bas. Les Etats viennent après. Les institutions se créent ensuite pour épauler les initiatives scientifiques et technologiques. Parallèlement à ces structures de la base, les institutions européennes interviennent créent les structures adéquates comme le CERN ou les programmes cadres. C’est alors un mouvement inverse du sommet vers la base type « top-down ». La question est alors celle de convergence de ces deux modalités.

La question très difficile d’aujourd’hui est l’enseignement de la science. On peut constater que les systèmes nationaux d’enseignement scientifique demeurent quasiment cloisonnés, fortement concentrés sur des curriculums et programmes. A ces difficultés structurelles s’ajoutent les difficultés d’objectifs. Elles se traduisent par un double positionnement de l’enseignement des sciences. Faut-il enseigner les sciences pour tous les enfants d’un pays ? Faut-il les enseigner pour avoir des ingénieurs, des scientifiques ou des chercheurs plus tard ? On peut tenir à ce que ces deux objectifs ne sont pas antinomiques.

Néanmoins, quand on observe le fonctionnement, par exemple le système français, on voit que, plus souvent implicitement qu’explicitement les seconds importent sur le premier. Ainsi, on accorde peu d’attention aux questions scientifiques à l’école primaire. La réforme du lycée est actuellement en discussion en France. il s’agit de savoir si au lycée le moment de la spécialisation doit la seconde. En Allemagne, par exemple, on sépare assez tôt la voie professionnalisante et la voie générale « gymnasium ». Les collèges britanniques proposent une diversification vers la fin de l’enseignement primaire.

Qu’est-ce qui explique cette rupture entre une Europe de la science aussi brillante et une Europe de l’éducation à la science aussi fragmentée ? C’est le principe de subsidiarité. Dans les traités européens, l’éducation demeure dans la compétence et la souveraineté des Etats. Cela concerne aussi l’éducation scientifique et donne alors très peu de place à l’initiative européenne dans ce domaine.

La question de l’enseignement scientifique se pose aujourd’hui au niveau mondial. Les Etats, les sociétés savantes, les Académies de sciences se préoccupent de la situation de crise actuelle. Cette crise et liée à la perception d’une profonde inadaptation de l’éducation scientifique à la modernité. En particulier, elle est causée par deux facteurs principaux : la complexification de la science (long chemin avant la maîtrise d’un métier) et la mondialisation. Cela a entraîné l’apparition de rapports (le rapport de Michel Rocard sur l’enseignement de la science, le rapport de l’OCDE sur l’intérêt des jeunes pour l’enseignement scientifique, etc…) et de conférences internationales sur le sujet de l’enseignement de la science.

En règle générale, ces rapports présentent quatre objectifs. Il faut d’abord augmenter le niveau scientifique pour favoriser le développement technologique et économique. Le deuxième objectif est un aspect civique : les sciences pour tous. Le troisième objectif est philosophique : l’éducation à la rationalité. Et, enfin, le quatrième objectif est culturel : la science est la plus belle aventure de l’humanité, une conquête de la connaissance. L’enseignement scientifique devrait tenir compte de ses quatre objectifs, mais on voit bien que les cursus sont différents…Les diagnostiques de tous ces rapports sont à peu près les mêmes : une profonde insatisfaction sur l’état actuel de l’éducation à la science.

Les solutions proposés par ces multiples rapports sont au nombre de trois : commencer l’enseignement des sciences à la maternelle ; modifier la pédagogie ; modifier le rapport des enseignants à la science.

Tout ceci n’est pas nouveau, mais il y a trois facteurs qui sont apparues récemment : l’échelle du problème compte tenu du volume d’élèves, l’accélération des connaissances, les enjeux politiques et économiques.

Quel rôle doit jouer dans cette situation l’Europe ? On est dans une situation de subsidiarité. La seule chose qu’a pu faire la Commission européenne ce sont des actions incitatives. Il y a quelques décennies il y avait la tentation de laisser les choses évoluées d’elle-même au travers de l’enseignement informel. Cependant, on s’est aperçu que rien ne remplace l’école. Progressivement, la Commission européenne a infléchi son regard vers l’éducation formelle. Mais, du fait du principe de la subsidiarité, les actions incitatives visant l’enseignement primaire et secondaire sont surtout venues de la Direction Recherche.

En respectant le principe de subsidiarité, l’Union européenne peut avoir un rôle incitatif, cependant la question qui se pose aujourd’hui est celle de la volonté des Etats de prendre la mesure du décalage entre la coopération pour la recherche et les grands équipements et la segmentation de l’enseignement, y compris pour la science, au nom du principe de subsidiarité, car la science est la même pour tous les européens, et plus.


Références bibliographiques :

Document à distribuer : Après l'Europe de la science, l'Europe de l'éducation à la science ?























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