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Le rapport historique de l’Europe à la Méditerranée est lourd. Historiquement, cette région a rempli plusieurs rôles pour l’Europe. La Méditerranée est une des matrices de l’Europe. Cette mer a quelques particularités qui expliquent son importance. Entourée de montagnes, elle est devenue un berceau de civilisation qui est à l’origine de la philosophie européenne, de la géométrie, de la navigation, de la « cité », de la notion d’Etat, de la démocratie, de la société solidaire…La Méditerranée est devenu un grand lac autour duquel s’est organisée une civilisation qui est la source des fondements majeurs de l’identité européenne. La Méditerranée est le cœur de l’Empire Romain, c’est une route Est/Ouest et Nord/Sud, un des liens essentiels pour Rome…Tant qu’il y la Méditerranée, il y a l’Empire. Quand il n’y a plus de Méditerranée, il n’y a plus d’Empire.
Le rôle du Moyen Orient à l’est de la Méditerranée est important pour la constitution de l’économie monétarisée en Europe et le développement du commerce dans l’Océan indien. La Méditerranée permet ainsi de connecter l’Europe aux grands centres de commerce du monde. En 1526, François Ier signe un accord avec le Sultan ottoman qui confie à la France la sécurité des communautés chrétiennes au Moyen Orient.
Cette conception méditerranéenne de l’Empire est concurrente de la conception germanique qui intègre d’autres valeurs. Cela explique en partie la dualité entre la nostalgie méditerranéenne de la France et germanique de l’Allemagne.
A ces rôles de la Méditerranée ,route, civilisation, source d’idée d’union, il faut ajouter la notion de Méditerranée frontière entre l’Europe, la chrétienté et l’islam. La Méditerranée joue le rôle d’interface, de dialogue entre le monde musulman et chrétien : Sicile, Espagne…Les rapports commerciaux l’emportaient sur les divergences politiques ou religieuses… Cela a continué jusqu’à ce que la France commence sa conquête de l’Algérie…
Il y a donc cette succession de représentations de la Méditerranée en Europe : un centre, une matrice, un lieu d’échange…
L’Europe se cherche aujourd’hui. Elle se cherche en se posant parmi de multiples questions celle du rôle de la Méditerranée. Quelle conception de cette région aujourd’hui : la Méditerranée lac, « ce qui se trouve du côté de la Méditerranée correspond à ce que nous sommes » ; la Méditerranée frontière, « les rapports avec quelque chose qui nous est extérieur » ; la Méditerranée monde, « ce qui est du côté de la Méditerranée est étranger, mais ce qui importe c’est de trouver des convergences »… ? Comment expliquer l’intérêt de l’Europe pour la Méditerranée aujourd’hui ? Il s’agit peut être d’un retour au sources. Il s’agit peut être d’une stratégie pour contrebalancer les difficultés dans les rapports avec les pays ex-soviétiques. Il s’agit peut être d’une opposition de modèles au sein de l’Union européenne. Il s’agit peut être aussi d’un renforcement de la Méditerranée, frontière, par la création de cette Union pour la Méditerranée pour la gestion des flux migratoires. Il s’agit peut être de la création d’ « une sphère de coprospérité » des deux espaces régionaux autonomes. Il s’agit peut être d’une façon pour l’Europe de reprendre sa zone d’influence face à la puissance actuelle dans la région…les Etats-Unis. La question la plus importante qui se pose aujourd’hui est celle du sens donné par l’Europe à la Méditerranée et de l’usage qu’elle fera de cette conception. Quel sens l’Europe donne à l’Union pour la Méditerranée ?
L’Union pour la Méditerranée n’est pas un phénomène nouveau. C’est le point actuel d’aboutissement d’une politique méditerranéenne de l’Union européenne, depuis plus de quarante ans. Cet aboutissement a été difficile, et c’est une opération dont l’horizon reste assez incertain.
La Méditerranée est une région déjà très organisée. Cela fait quarante-six ans que la communauté européenne agit dans la Méditerranée. Aux premiers accords d’association conclus avec la Grèce, il faut rajouter les accords commerciaux tissés avec l’ensemble des pays de la Méditerranée, sauf la Libye et l’Albanie. Dès le départ, la politique méditerranéenne de la Communauté européenne fait partie de sa politique commerciale générale.
A partir de la déclaration de Barcelone de 1995, les Européens ont pris l’initiative de revoir les relations avec les pays méditerranéens. C’était une période très optimiste, le moment où on pouvait espérer la fin de la guerre au Proche Orient. Le processus de Barcelone qui s’est avéré très ambitieux, est constitué de « trois corbeilles » en référence au processus d’Helsinki. La corbeille économique est le partenariat économique et commercial avec l’objectif de créer en 2010 une zone de libre échange multilatérale. La deuxième corbeille est le partenariat politique avec l’objectif de l’organisation politique de la Méditerranée. Le partenariat politique a deux volets : diplomatique (tentative de créer un système régional de sécurité) et la gouvernance. La déclaration énumérait un certain nombre de grands principes qui devaient être respectés. La troisième corbeille est un partenariat culturel pour créer un dialogue des civilisations et rejeter l’idée de guerre des civilisations dont la réalisation était confiée à la société civile.
L’Union pour la Méditerranée est la continuité du processus de Barcelone. Une opération douloureuse, cette initiative connaît aujourd’hui des difficultés. Avant tout dans le nom même : au départ, il s’agissait de l’Union méditerranéenne, puis on a penché vers l’Union pour la Méditerranée. Ensuite, cette initiative repose sur un diagnostic discutable qui est l’échec du processus de Barcelone. Ce processus n’a pas su restaurer la paix au Moyen Orient. Tous les pays de la Méditerranée n’ont pas non plus profité de la même façon de cette initiative. Le processus de Barcelone n’a pas réussi à favoriser le développement démocratique en Méditerranée. Cette nouvelle Union est une initiative de la diplomatie française. Il s’agit pour la France de reprendre sa place en Europe et d’effacer la tache après le non au référendum. Elle commet une erreur conceptuelle en utilisant le mot « Union ». Ce concept tel qu’on le vit aujourd’hui ne correspond pas à ce qui a été proposé à l’ensemble des peuples de la Méditerranée. Et, enfin, cette initiative aboutit à la récupération politique réciproque par tous les acteurs du processus.
Un des aspects importants de l’Union pour la Méditerranée est de transférer la réussite historique de la construction européenne aux pays du sud de la Méditerranée : la réconciliation d’anciens ennemis, la création de solidarité de fait et l’intégration économique. Dans l’actuelle Union pour la Méditerranée, il y a des activités qui visent à créer des solidarités de fait comme la dépollution de la Méditerranée, la coopération des protections civiles, etc. Mais cet objectif est loin d’être acquis…
Actuellement, l’Union pour la Méditerranée se présente comme une initiative difficile dont l’évolution dépend d’une double volonté : celles des européens et celle des pays du sud de la Méditerranée dans un contexte de conflit permanent entre Israël et la Palestine…
Compte rendu réalisé pour l’UPEG par Katsiaryna ZHUK
Le 16 mars 2009
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