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La question des frontières de l’Europe est au cœur des débats sur l’Union européenne. Aujourd’hui, paradoxalement, dans un monde globalisé, l’actualité de la notion de frontière apparaît avec une nouvelle force et, plus que jamais, la question des limites ultimes de l’Europe devient exceptionnellement pertinente.
Les frontières de l’Union sont clairement définies à l’Ouest, au Nord et au Sud. L’interrogation majeure porte aujourd’hui sur la délimitation des frontières de l’Union européenne à l’Est. Quelle conception du vieux continent établir : l’Europe de l’Atlantique à l’Oural (général De Gaulle), l’Europe territoriale comme « un triangle dont les sommets se situent au voisinage du détroit de Gibraltar, du cap Nord de Bosphore, excluant la Russie » (Valéry Giscard d’Estaing), autres ?...
Où sont les frontières de l’Europe et quelles devraient être celles de l’Union européenne ? Ces deux questions engendrent des confusions en admettant les équivalences entre l’Europe (entité géographique) et l’Union européenne (espace d’intégration et de coopération économique et politique). Cette question est d’autant plus complexe, que les visages de l’Europe ont changé au fil des siècles. Ses frontières ont été très fluctuantes au rythme, notamment de la confection des empires en Europe. L’Union européenne est une étape de l’histoire de l’Europe. Le visage que l’Europe a pris depuis ses élargissements 2004 et 2007 a-t-il vocation à changer, à nouveau, à court, moyen ou long terme ?
Les frontières de l’Union européenne sont définies par les Etats membres et dépend de leur volonté politique. Quelle justification doit-on établir pour limiter la frontière Est de l’Union ? La réflexion sur l’européanité et l’identité européenne est très complexe. Quels sont les éléments constitutifs de l’européanité ? En plus cette notion suscite de nombreuses critiques. Les composantes de l’européanité souvent évoquées sont l’héritage culturel gréco-romain, le christianisme, le partage des valeurs des droits de l’homme, l’Etat de droit et la démocratie. Ces éléments sont-ils suffisants pour justifier la démarcation des frontières à l’Est de l’Union européenne ?
Les exemples des trois pays voisins de l’Union européenne à l’Est montrent que la justification des frontières par le recours exclusif à l’histoire n’est pas crédible. L’histoire de la Biélorussie, la Moldavie et l’Ukraine montre que ces pays, depuis des siècles, se sont toujours trouvés au « croisement entre l’Orient et l’Occident ». Leur double héritage ne permet donc pas de légitimer un refus de leur adhésion à l’Union européenne.
Par exemple la Moldavie est un pays appartenant à ce qu’on appelle « étranger proche russe». Cette notion est apparue en Russie après l’effondrement de l’URSS pour désigner les quinze pays ex-soviétiques. Mais elle est aussi un pays voisin de l’Union européenne. Ce petit Etat est le résultat d’ un arrimage entre l’Europe et la Russie. Il a un important héritage romain avec l’origine romaine de la langue, la religion orthodoxe de Byzance et le système socio-économique de Moscou. Les cartes historiques montrent que le territoire actuel de la Moldavie a été divisé en principauté de la Moldavie, la Bessarabie, la Bucovine, la Moldavie occidentale. Ensuite, ce pays a fait partie de l’Union soviétique. D’un coté, il a partagé les mêmes pages d’histoire avec les actuels pays membres de l’Union européenne, de l’autre avec la Russie. Sa double identité est à l’origine de divergences sociétales internes. Cela se traduit par le conflit de Transnistrie.
Aujourd’hui, la question de la vocation européenne des pays ex-soviétiques voisins de l’Union européenne se pose avec une nouvelle force. L’Ukraine et la Moldavie ont choisi l’adhésion à l’Union comme un axe officiel de leur politique extérieure. La Biélorussie, malgré toutes les difficultés de ses relations avec l’Union européenne, est devenue manifestement plus ouverte aux contacts avec l’Europe. De son coté, l’Union européenne se lance dans une initiative de Partenariat oriental qui va au-delà du cadre de la politique européenne de voisinage. Dans ce contexte, quels scénarios peut-on imaginer? Quelle peut-être la réponse de l’Union européenne aux aspirations européennes des pays de son voisinage proche à court, moyen et long terme ?
Dans le contexte actuel, avec la crise économique et financière, la période « post-élargissements 2004 et 2007 », l’éclatement de multiples crises politiques dans le monde pour lesquelles l’Europe doit trouver une réponse collective, l’Union européenne doit mieux définir son projet politique d’intégration. Cette démarche est la seule qui puisse apporter une réponse suffisante à la question lancinante sur ses frontières ultimes…
Compte rendu réalisé pour l’UPEG par Katsiaryna ZHUK
Le 20 juin 2009
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