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Mercredi 23 Septembre 2009

L'Europe et la Russie : defis de proximité

par Michel Foucher, ancien conseiller d'Hubert Védrine et ambassadeur de France en Lettonie, fondateur de l'Observatoire européen de géopolitique, professeur à l'Ecole normale supérieure de Paris

Résumé :

     Le mot « Europe » est compliqué parce qu’il a plusieurs sens différents : l’Europe au sens géographique, l’Europe comme continent, l’Europe comme catégorie socio-historique, l’Europe comme représentation dont les limites peuvent être variables, etc. Aujourd’hui, on utilisera ce terme pour parler de l’Union européenne. Dans ce sens, elle une association volontaire d’Etats qui ont décidé, pour être plus efficace, d’exercer en commun certaines compétences souveraines. Aujourd’hui, l’Union européenne est le pôle structurant et organisateur du continent européen à cause de sa force d’attraction et de son pouvoir d’émission.

Le pouvoir de l’Union européenne sur le continent bute sur le facteur russe. A la différence de l’Ukraine, la Fédération de Russie n’est pas intéressée par une adhésion à l’Union européenne. Les relations euro-russes reposent sur une forte sous-estimation des uns par les autres. Les russes ne comprennent pas l’Union européenne. Ils préfèrent travailler avec les grands Etats européens. Vue de Russie, il y a toujours une confusion, entretenue volontairement, entre l’Europe et l’Union européenne. Les Russes se considèrent comme européens au sens de la culture et de la civilisation. Ils ne se considèrent certainement pas comme des occidentaux. Il faut tenir compte de la différence entre les valeurs européenne (tolérance, justice, libertés fondamentales, etc.) et les valeurs occidentales (liberté d’entreprise..).

Il existe entre l’Europe et la Russie une proximité géographique, historique et géopolitique. Elle impose la nécessité de tenir compte de son voisin. Helmut Kohl parlait de « notre grande voisin russe »…La politique de l’Union européenne vers les pays qui se situent entre l’Union et la Russie, est dépendante de la politique européenne à l’égard de la Russie. La question qui se pose aujourd’hui : comment trouver une bonne articulation entre l’Union européenne en reconstruction et la Russie en évolution ? Quels sont les intérêts communs ? Qu’est-ce qu’on fait ensemble ? Quelles sont les règles du jeu. Comment gère-t-on cette interaction euro-russe ? Il en découle d’autres interrogations sur : les limites de l’Europe, les enjeux de sécurité, la question de l’interdépendance, l’unité des politiques de l’UE à l’égard de la Russie…

Aujourd’hui, on n’arrive pas à élaborer une politique qui soit satisfaisante pour tout le monde. Les choses, acceptables à l’époque de l’Eltsine, ne le sont plus maintenant. La question de la périphérie se pose. Suite à l’affaiblissement du centre impérial russe, les pays de la périphérie se trouvent dans la situation de choix de leur politique. La dissolution de l’Union soviétique est liée à un épuisement du modèle et à la remonté du sentiment national. Ces événements sont souvent présentés aujourd’hui comme résultat d’un complot occidental. Dans la rhétorique des dirigeants russes, la Russie reste toujours une « forteresse assiégée ». Le monde occidental est souvent présenté comme hostile à la renaissance de la Russie. On voit des signes d’ingérence dans toutes les révolutions de couleurs de la périphérie de la Russie ce qui n’est pas complètement faux (actions des ONG américaines en Géorgie, en Ukraine, etc.). Le rapport à l’Union européenne est ambigu parce qu’en même temps l’Union est un grand partenaire : 55% des exportations russes en matière première, l’Union reste le premier fournisseur. Dans ce contexte-là, la question est de savoir pour Moscou quelle articulation choisir pour s’ouvrir suffisamment sans importer « le virus démocratique ». Aujourd’hui, on est plutôt dans la phase d’ouverture, la principale revendication des dirigeants russes est la libéralisation des visas. L’ouverture apparaît donc comme une nécessité pour la modernisation et la sécurité.

Dans la relation euro-russe, la dimension stratégique est fondamentale. Du point de vue de la sécurité, on se trouve dans la nécessité de dépasser la rivalité et de construire une structure de sécurité commune entre l’Occident et la Russie. L’adhésion de la Russie à l’OTAN est tout à fait envisageable. Ce sera un chantier à faire progresser dans les années à venir. Le développement d’une nouvelle relation américano-russe inquiète beaucoup les pays d’Europe centrale.

Du point de vue énergétique, on est, en tant que fournisseur-client, dans la situation d’interdépendance. L’intérêt des Européens est d’investir et d’échanger des technologies contre le droit d’être fourni. Il faut trouver des formes efficaces de coopération.

Afin de pouvoir avancer dans tous les domaines de la sécurité, des échanges ou de l’énergie, il faut accepter que la Russie soit autre chose qu’un simple voisin. C’est un Etat qu’on connaît mal. On ne le comprend pas forcément. La Fédération de Russie un Etat n’a jamais été un Etat-nation. Elle le deviendra peut être avec Poutine et Medvedev. La Russie est en transition d’un empire territorial à un Etat moderne, presque un Etat ordinaire.

Une autre difficulté pour l’Union européenne réside dans le fait que la Russie est un facteur de divergences internes durables liées notamment à la proximité géographique, historique, etc. Il existe plusieurs groupes d’Etats du point de vue de leur attitude à l’égard de la Russie. Dans les pays Baltes, en République tchèque, en Pologne et en Slovaquie, la Russie est perçue comme une menace néo-impériale. En Italie, en Autriche, en revanche, les liens avec la Russie sont très anciens, pour eux elle est avant tout un grand marché. En Grèce, la proximité se situe dans la religion orthodoxe. Le Royaume-Uni fait parti des partenaires critiques. Il y a une diaspora russe, avec de puissants capitaux russes dans les banques anglaises. De l’autre côté, il y a des dissidents, comme Bérézovsky, d’où l’attitude critique. En Espagne et au Portugal, même s’ils sont loin, il y a une forte tradition de relation entre les socio-démocrates espagnoles avec la Russie. L’Allemagne est, dans la continuité, le grand partenaire de la Russie qui est considérée, avec la Chine, comme un grand marché. En France, aujourd’hui et historiquement, la Russie est un partenaire fondamental très ancien. Cette diversité des attitudes à l’égard de la Russie ne facilite pas l’élaboration d’une politique commune à l’égard de celle-ci.

Pour conclure, on peut dire que l’Union européenne est la clé de l’insertion de la Russie sur la scène internationale. Pour les Européens, la Russie est la clé pour la sécurité, la stabilité énergétique, etc. Des programmes de coopération bien calibrés, c’est-à-dire entre les partenaires égaux, restent à élaborer.

Compte rendu réalisé pour l’UPEG par Katsiaryna ZHUK
Le 25 septembre 2009

Références bibliographiques :

Document à distribuer : L'Europe et la Russie

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