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Mercredi 2 Décembre 2009

L'Europe et la justice

avec Michel Benichou, avocat au barreau de Grenoble, ancien bâtonnier de Grenoble président d'honneur du Conseil national des barreaux, président de la fédération des barreaux d'Europe .

Résumé :

     La date de la conférence a été très bien choisie : le lendemain de l’entrée en application du traité de Lisbonne qui contient un certain nombre de dispositions importantes pour la construction de l’Europe et en particulier, la justice. Le traité de Lisbonne va modifier l’approche de l’Europe au niveau de sa justice. Cependant, l’Europe n’a pas attendu 2009 pour s’occuper de la justice. On peut même dire que c’est le droit qui a construit l’Europe, à côté de l’histoire, la philosophie et la politique. Le droit touche à la vie quotidienne des Européens, il modifie l’état d’esprit. La logique de coopération de la construction européenne a amené les Etats à faire des transferts de souveraineté. Les décisions étatiques ont été soumises au droit. Les pouvoirs de contrôle ont été octroyés à des organes judiciaires, le fameux pouvoir des juges, le gouvernement des juges. Les personnes privées ont été autorisé à siniser dans les rapports d’Etats et à saisir des juridictions supranationales au besoin pour faire sanctionner l’Etats dans lequel ces personnes vivent. Tout cela est la création de l’Europe au travers notamment du droit. L’Europe a permis de remettre en quelque sorte en cause le principe de la souveraineté étatique.

Quelle justice pour l’Europe ? Est-ce que la justice peut être européenne ? Il existe deux justices européennes. La première justice est celle des droits de l’homme. Après 1945, un certains nombres de valeurs tournant autour de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés fondamentales ont été transcrites sur le papier. Le 4 novembre 1950 la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme a été signée à Rome. C’est une manifestation claire d’un nouvel état d’esprit et d’une volonté de soumettre les Etats à une action de la Communauté européenne. A travers de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme on va définir un patrimoine commun de valeurs. L’état d’esprit de créateurs est même au-delà. Ce ne sont pas les droits qu’on veut garantir, on veut surtout enchaîner les Etats, c’est-à-dire faire en sorte qu’un Etat ayant adhéré à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme soit enchaîné dans un réseau d’engagements internationaux dont il ne peut se dégager. Par exemple, aujourd’hui la France ne pourrait pas rétablir la peine de mort parce qu’elle a souscrit le Protocole de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme qui fait qu’elle liée par un engagement international et qu’elle serait obligée de dénoncer l’engagement international avant de rétablir la peine de mort. Le réseau international contraint les Etats et empêche ainsi de porter atteinte aux droits des citoyens. C’est pourquoi la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme est parfois appelée une Constitution internationale.
C’est un texte fondamental qui pose des principes de ce qu’est la démocratie et droits fondamentaux. La difficulté consiste dans le fait que c’est le principe qui est posé. Par exemple, l’article 14 de la Convention pose le principe de l’interdiction de discrimination. Les interprétations multiples de la notion de discrimination existent. Il a donc fallu qu’il existe une juridiction qui examine le texte donne une interprétation judiciaire. Cette institution est donc la Cour européenne des droits de l’homme et du citoyen qui fonctionne de manière permanente et est composé d’un juge par chaque Etat membre. La Convention européenne prime sur le droit national et elle est d’application directe c’est-à-dire que chaque citoyen peut devant chaque juridiction soulever une question liée à la Convention européenne des droits de l’homme.
Le droit européen touche à la vie quotidienne des citoyens. Par exemple, la question de la violence domestique est au cœur des préoccupations de la Cour européenne des droits de l’homme et du citoyen qui a rendu un arrêt le 9 juin 2009 (affaire contre la Turquie). La Cour européenne des droits de l’homme et du citoyen peut, par des condamnations prononcées, par la notoriété des arrêts, contraindre un Etat à changer sa législation. Un autre exemple concerne la discrimination en cas de l’irrégularité de séjour (affaire contre la Belgique). Un exemple de contentieux très étonnant partant de choses minimes et arrivant à des décisions très importantes, concerne une affaire qui est venue devant la Cour européenne : en Allemagne, une personne handicapée a refusé de payer la taxe de remplacement du service obligatoire de lutte contre l’incendie. Dans cette affaire, à partir d’un contentieux fiscal on est arrivé à une décision de principe sur l’absence de discrimination liée à un handicap. On peut continuer les exemples d’applications de la Cour en matière de liberté d’information, protection de la vie privée, protection des journalistes, liberté d’expression en cas de l’université, liberté d’expression en cas du travail des journalistes, etc.

Parmi les décisions de la Cour européenne qui ont le plus marqué la justice française sont les décisions rendues à la base de l’article 6 du Protocole : on a le droit d’être jugé devant un tribunal impartial, avec un procès équitable et dans un délai raisonnable. La France a été condamnée d’innombrables fois sur la base de l’article 6 de la Convention européenne pour la durée des procédures et pour la partialité des tribunaux.
Les décisions de la Cour européenne ont également bouleversé la procédure pénale (exemple, la décision du 13 janvier 2009 dans une affaire en Belgique).

Le deuxième volet de la justice européenne est la justice du traité de Rome. Les traités communautaires ont aussi prévu la présence des juges au sein de la Cour de justice des Communautés européennes, siégeant à Luxembourg et composé de 27 juges. La Cour de justice des Communautés européennes s’est emparée du pouvoir extraordinaire au fil du temps et a imposé la primauté du droit communautaire sur le droit national. Le droit européen du Traité s’applique directement dans les pays, c'est-à-dire qu’aujourd’hui, n’importe quel citoyen européen peut se prévaloir d’une disposition du traité et demander son application devant le juge national. Le citoyen européen peut par ailleurs demander au juge national d’interroger le juge communautaire d’interpréter le droit communautaire par rapport au droit français et le droit français par rapport au droit communautaire. L’arrêt rendu dans ce cas sera repris par le juge national. La Cour de justice des communautés européennes était au départ sur des questions commerciales est en train d’évoluer sur des questions citoyennes. Par exemple, le 5 mars 2009 la Cours a statué qu’il ne peut pas y avoir de départ à la retraite forcé et de licenciement pour cause de retraite, c’est une discrimination d’âge. La CJCE protège également les consommateurs des abus de position dominante (ententes) : condamnation de la France télécom pour un prix prédateur dans le secteur des services d’accès internet.

Quel projet pour la justice en Europe au XXIème siècle ? Le traité de Lisbonne change la donne. L’aspect fiscal restant encore une des difficultés majeures, en matière judiciaire en revanche, le traité de Lisbonne change les choses en instaurant le vote à la majorité qualifiée : majorité des Etats, majorité de la population. Aujourd’hui, un Etat ne peut plus empêcher la coopération judiciaire européenne. Deuxième avantage du traité de Lisbonne c’est le renforcement de la coopération judiciaire. Troisième avantage est dans le fait que le Parlement devient co-législateur. Et, enfin, la Charte des droits fondamentaux adoptée à Nice en 2001, est devenue effective avec l’adoption du traité de Lisbonne. L’initiative citoyenne est aussi à rajouter à cet ensemble des avancées du Traité.

Le programme de Stockholm, programme de travail de l’Union européenne de 2010 à 2014, prend, elle aussi, davantage en compte les droits des citoyens. Parmi de multiples exemples sont la fin d’exéquatur, la disposition concernant la loi applicable dans le cas des divorces transfrontaliers, les innovations en matière de succession, etc.

Réalisé par Katsiaryna Zhuk le 20 décembre 2009.

Accéder aux vidéos de la conférence :

Ecouter le lien audio de la conférence :




























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