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Mercredi 17 Mars 2010

L'Europe des villes

avec Michel Destot, Député Maire de Grenoble, Président de l’Association des grandes villes de France

Résumé :

     L’Europe des villes ou l’Europe et villes ? La réalité aujourd’hui est dans le rapport « Europe et villes ». En effet, plus de 50% des êtres humains vivent actuellement en villes tandis qu’ils n’étaient que 30% en 1950. Selon les prévisions, ils seront plus de 70% en 2050. La communauté humaine doit donc apprendre à vivre dans son environnent urbain. C’est important du point de vue économique, culturel, démographique, etc.

La ville est aussi l’histoire européenne. Elle a préexisté aux ensembles plus grands : régions, Etats, etc. Athènes était le moteur de la région bien avant que la Grèce existe. De même pour Rome, l’Italie est une invention extrêmement récente. De même pour Londres, Paris et bien d’autres villes qui sont devenues des carrefours de flux multiples. Le poids des villes continue d’évoluer : chaque jour, il a 18 000 êtres humains de plus en ville.

Aujourd’hui, tous les défis mondiaux concernent les villes. Par exemple, le phénomène de globalisation, et celui de la délocalisation, pèsent comme des menaces sur les villes par les risques de chômage et de mise à l’écart dans le développement économique. Un autre exemple concerne le défi climatique. Ce phénomène planétaire est largement lié aux activités qui se concentrent dans les villes : les déplacement, l’habitat, la dépense d’énergie, etc. Les flux migratoires, eux aussi, sont directement liés à l’évolution de la ville.

Les villes, et notamment les grandes agglomérations, concentrent les charges économiques, sociaux et environnementales. Sur le plan économique, les pôles de compétitivité, les grandes universités, c'est-à-dire l’économie de la connaissance à travers des laboratoires de recherches et les grandes industries, se concentrent en ville. Sur le plan social, la carte de la pauvreté a été complètement bousculée. Il y a vingt ans, le pauvre de la statistique était une personne âgée qui vivait en milieu rural. Aujourd’hui, c’est plutôt un jeune, plutôt d’une famille immigrée, plutôt de famille monoparentale, vivant en ville… Sur le plan environnemental, le Français, de la statistique, se déplaçait auparavant de cinq kilomètres par jour. Aujourd’hui, on en est à quarante kilomètres par jour.

Néanmoins, le rapport à l’urbain est devenu extrêmement contradictoire. La ville attire indiscutablement. La ville est le réceptacle qui offre des chances sur le plan de l’emploi, éducatif, sportif, etc. Dans le même temps, le fait urbain repousse par: le sentiment de solitude, d’anonymat, de tensions sociales, d’insécurité, etc.

Historiquement, la France a toujours été un pays centralisé où l’urbain était l’oublié de l’organisation du territoire par les différents Actes de décentralisation. Quant à l’Europe, elle a été surtout construite par les Etats. La France a d’ailleurs poussé à ce qu’il y ait une reconnaissance quasi-unique du rôle des chefs d’Etats et de gouvernements au détriment des représentants des régions et des villes.

Ainsi, même le récent sommet de Copenhague n’est pas devenu un événement crucial dans la reconnaissance du rôle des collectivités locales pour des raisons d’opposition des chefs d’Etats et des gouvernements. Cependant, malgré l’échec dans la démarche, il faut souligner que 70% des mesures dites « de Copenhague » sont à mettre en œuvre par les collectivités territoriales, essentiellement par les régions, les villes et les grandes villes.

Quant à l’Europe des villes, ce couple n’est pas aujourd’hui encore identifié pour plusieurs raisons. Une première raison repose sur la taille des villes européennes. Dans le concert mondial, les villes européennes, en dehors de Londres et de Paris, ne sont pas des grandes villes. La ville de Los Angeles superposée à la carte du Rhône-Alpes irait de Lyon à Grenoble. Les villes européennes ont, par conséquent, besoin d’apporter des réponses adaptées à cette évolution mondiale. Cela passe par un travail en réseaux permettant d’atteindre la taille critique au niveau mondial. C’est le cas de Lyon est Grenoble dans le cadre du Rhône-Alpes.

Une deuxième raison de la difficile association de l’Europe et des villes réside dans la diversité des Etats membres de l’Union européenne. Les petits pays survivent par leur internationalisation en se projetant à l’extérieur pour exister. Cela s’accompagne, par exemple, de la maîtrise par les habitants de petits pays européens de plusieurs langues. Les grands pays ne suivent pas cette logique, ils sont en eux-mêmes des espaces suffisants de concurrence.

Une troisième raison est liée au niveau de modernisation de l’économie et de l’industrie dans le pays. D’un côte, toutes les villes d’ancienne industrialisation n’ont pas tenté leur reconversion en termes d’innovation et de modernisation. On a assisté à des situations de repli sur soi lié au phénomène de délocalisation. De l’autre côté, les villes de l’économie de la connaissance et d’innovation, sont très peu touchées par les délocalisations.

Les villes et les régions, porteuses de projets internationaux, sont l’avenir de l’Europe. L’avenir de l’Europe ne s’associe pas à l’espace délimité par les frontières européennes. Il est important pour l’Europe de se situer au plan international. Les villes aux couleurs du monde sont donc d’une grande richesse.

Compte-rendu réalisé par Katsiaryna Zhuk le 22 mars 2010.

Références bibliographiques :

Document à distribuer : La Maison Européenne des Pouvoirs Locaux Français

Accéder aux vidéos de la conférence :

Ecouter le fichier audio de la conférence :




























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